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 Dernier étage gauche, gauche (Angelo Cianci - 2010)

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Anorya
Effraie les filles since 1983.
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MessageSujet: Dernier étage gauche, gauche (Angelo Cianci - 2010)   Mer 20 Fév - 10:04




Comme tous les matins, François Echeveria --huissier de son état-- aurait dû pouvoir opérer sa saisie du jour dans cette cité de banlieue, puis tranquillement rentrer dans son nid douillet. Mais en ce jour d'anniversaire du 11 septembre, le destin en a décidé autrement, mettant sur sa route un père démuni et son agité de fils, qui, paniquant, décide de le prendre en otage. Rapidement la situation dégénère et l'on décide de faire appel au GIGN...


Voici un remarquable petit film injustement passé inaperçu et que je découvre grâce à Epicentre films (le film est distribué depuis le 19 janvier 2013 en DVD) et qui mérite assurément le coup d'oeil. Une comédie acerbe presqu'exclusivement en huis-clos, on a pas souvent ça dans le cinéma français, surtout quand elle gagne des points en évitant au possible les clichés (Angelo Cianci a grandi dans une cité donc il connaît déjà bien son sujet, d'autant que ce dernier est nourri de choses très personnelles, notamment le rapport père-fils). Déjà, c'est plein d'idées en pagaille, notamment le fait de placer ça le jour-même de l'anniversaire du 11 septembre, donc sujet à un possible basculement vers la crainte d'un terrorisme démultiplié car comme l'évoque le réalisateur dans le dossier de presse du film, "aucun autre jour de l'Histoire récente n'évoque mieux l'idée du repli sur soi et de la peur de l'autre. Du fait de cette coïncidence, quand le groupe d'intervention débarque de manière grotesque sur les lieux, il envisage d'emblée la possibilité que les preneurs d'otages soient des terroristes. L'information est relayée sans preuve, la paranoïa s'intensifie et, à l'escalade au sein de l'appartement, vient répondre à l'extérieur une spirale d'emballement basée sur des peurs fantasmatiques."


Ensuite la mise en scène est un petit tour de force pas évident et peu repérable à l'oeil nu quand on sait que le film est en partie financé par une société de production Luxembourgeoise. Comme le réalisateur l'explique dans les bonus du film, tous les intérieurs sont tourné donc au Luxembourg en studio (studio déjà tracé au sol dans un hangar, à la craie, où pendant une semaine, les 3 comédiens et le réalisateur ont patiemment imaginé la "chorégraphie" des mouvements) là où les extérieurs viennent d'une banlieue lyonnaise. On ne remarque rien de tout ça pendant le film, c'est admirablement géré. Un autre détail intéressant est la primauté de la parole dans le film, cette parole que l'Huissier (excellent Hippolyte Girardot que je retrouve avec plaisir après Un conte de Noël) manipule pour se faire obéir, cassant, toujours obséquieise voire méprisante; cette parole complètement ordurière et pleine de bêtise du fiston; celle voilée et en kabyle, donc méconnue du père, toujours en retrait.




Et la réunion de ces trois ingrédients principaux va constamment produire des étincelles, obtenir un changement de parole, une évolution par le biais des mots ou de l'attitude de chacun à l'ouvrir ou la fermer. Ainsi c'est paradoxalement quand le fils se tait et écoute enfin ce père auquel il manque de respect que le film abandonne le sourire pour porter une belle émotion. C'est quand le père, souvent taciturne de par son passé peu glorieux, commence de plus en plus à s'énerver et hausser le ton qu'on comprend toute la violence rentrée d'un homme à qui la vie n'a pas fait de concession. C'est notre huissier qui redécouvre une parole plus familière, plus humaine, plus crûe qui va le libérer à la fin comme si derrière son travail habituel et monotone, la révolte et un homme neuf n'attendaient que ça.


"Les trois rôles se relaient tour à tour pour revendiquer le statut de "héros principal" du film. Leur dénominateur commun est de partager une insoumission qui les habite chacun de manière spécifique. Bien qu'il se revendique dans la marge, Salem n'incarne qu'une rebellion de façade. Il glorifie l'argent, le consumérisme, l'individualisme et, dans le fond, ses idées ne sont pas si éloignées de celles d'un néo-libéral. Mohand pourrait être qualifié de révolté repenti. La seule fois de sa vie où il a résisté à l'injustice, il a provoqué une série de drames en cascades (...)... François, lui, serait un révolté assoupi sur le point de se réveiller. Entré dans l'appartement avec son costume gris de représentant de l'ordre social, le personnage joué par Hippolyte Girardot le quitte avec la chemise blanche ensanglantée d'un guérillero martyr !"
(extrait des propos du réalisateur dans le dossier de presse du film)


On ajoute à cela que tous les acteurs sonnent justes, on est même content de retrouver Michel Vuillermoz ou la trop rare Judith Henry (La discrète), voire Julie-Anne Roth (une actrice à suivre, tiens) en discrète mais remarquée lieutenant de police. Le film n'est pas parfait mais on sent tellement d'implication et de désir de bien faire là-dedans (les dernières vingt minutes assez surprenantes d'ailleurs) qu'au final il serait dommage de bouder son plaisir.

4,5/6.
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