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 Hara-Kiri (Masaki Kobayashi - 1962)

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Anorya
Effraie les filles since 1983.
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MessageSujet: Hara-Kiri (Masaki Kobayashi - 1962)   Lun 28 Mai - 10:35

Maintenant frippy va comprendre pourquoi en partie flood, 'jai mis des images d'un magasine portant le même nom. gne





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Japon, XVIIe siècle. Le pays n'est plus désormais agité des soubresauts des nombreuses guerres civiles et l'archipel est dirigé par le puissant shogunnat des Tokugawa qui imposent une paix sereine à travers un gant de fer. Hanshiro Tsugumo, un ronin (*) parmi tant d'autres, frappe un après-midi à la porte du puissant clan Li. Accueilli par l'intendu du clan, il lui demande alors la permission de se suicider par Harakiri dans la résidence. Pour l'en dissuader, l'intendant décide de lui raconter l'histoire de Motome Chijiwa, ancien ronin qui voulait lui aussi accomplir le même rituel...


S'il y a bien des films où le terme de chef d'oeuvre ne peut être usurpé, ni par la patine du temps, ni par la subjectivité souvent fluctuante du cinéphile, alors Hara-Kiri (aka Seppuku de Masaki Kobayashi - 1962) est bien de ceux-là et le blu-ray distribué par Carlotta depuis le 9 mai n'en fait que mieux ressortir la beauté, magie, cruauté et intelligence de l'oeuvre originale. Et au regard du résultat, il n'est pas étonnant que le film ait subi un remake récent (de Takashi Miike) car il contient en ses fondements les germes de l'universalité à travers le pur film de Jidei-geki (**) qu'une pure critique (assez acerbe) du Japon actuel (***) revisitée dans les codes du Bushido (****). Tout le monde y trouvera donc son compte, du pur spectacle à l'oeuvre qui fait profondément réfléchir.




Le plus étonnant est l'incroyable dureté qui s'opère durant le film et la vengeance que va opérer Tsugumo envers le clan Li en retournant les codes du bushido à sa guise afin de leur renvoyer leur propre mépris à la figure; ce mépris qu'ils eurent et qui les poussa à forcer le pauvre Chijiwa à accomplir son suicide jusqu'au bout, ne pouvant s'y soustraire alors que le jeune ronin appauvri et fatigué ne venait à la base que pour quémander l'aumône en espérant attendrir le seigneur du clan. Car (et le petit nodule bonus du DVD et ici Blu-ray le rappelle admirablement) en cette époque troublée, le régime des Tokugawa (*****) a divisé la populace en plusieurs castes, principalement de 4 sorte : les samouraïs et guerriers, soit l'élite, tout en haut. Viennent ensuite les artisans et paysans. Enfin en dernier lieu, les marchands. Un ronin errant se voit donc rétrogradé dès lors qu'il n'appartient plus à un fief. Il peut soi-même proposer ses services à un bourgeois aisé, soit apprendre une discipline et devenir artisan (Tsugumo ici qui essaye de vivre en construisant et vendant des ombrelles), soit sombrer dans les bas instincts suivant son niveau d'éthique et surtout son niveau de pauvreté et devenir bandit ou assassin. Quoiqu'il en soit, un ronin n'appartenant pas à un seigneur se voit traité comme moins que rien et le film le montre durement avec le sort du pauvre Chijiwa.




Afin de clairement montrer l'exemple auprès des autres samouraïs sans maître et dévoiler que le clan Li ne fléchira pas envers ces pratiques jugées déshonorantes (et ce, même pour la majeure partie des ronins aussi justement), on force le jeune Chijiwa à aller au bout de son acte sans même lui poser de questions. Afin de faire un exemple et témoigner du respect de règles qu'on ne peut impunément bafouer. Pourtant magistralement, ce sont ses mêmes règles que Tsugumo va utiliser afin de procéder à sa vengeance et réclamer réparation. De par la structure narrative en flashback se révèle alors toute l'histoire qui en devient des plus jubilatoires. Tsugumo à promis de mourrir mais il est clair qu'il n'a pas prévu de partir seul. Plus le samouraï sommé de se suicider dans les règles de l'art raconte son histoire et plus le seigneur comprend qu'il ne cherche tant pas à gagner du temps lâchement comme d'autres avant lui que de montrer qu'une injustice a été commise en se réfugiant bêtement derrière une procédure effaçant l'humain au profit d'une mécanique devenue vide, à peine huilée et nettoyée (à l'image de l'armure de samouraï qui ouvre et ferme le film donc).




Tout l'art du scénariste Shinobu Hashimoto (******) allié aux cadrages et angles de vue somptueux de Kobayashi sera donc de témoigner du fait que derrière un Art militaire soucieux de règles éthiques liées à l'Honneur se cache un irrespect total de l'être humain. La vengeance de Tsugumo devient alors un vibrant plaidoyer humaniste cher au réalisateur de La condition humaine (1959-1961). Un discours donc toujours actuel puisqu'il peut tout aussi bien s'appliquer au Japon d'alors qu'à celui d'aujourd'hui tout comme nos propres pays occidentaux. L'intelligence du scénariste et du réalisateur se situe ici dans le traitement donnant au film une allure de classique intemporel. Déjà, son discours soit, mais la violence morale (ce qu'on force à faire à Chijiwa, la vengeance hors-champ de Tsugumo et la conséquence qui s'ensuit chez les vaincus) et physique (le suicide de Chijiwa poussé jusqu'à l'absurde avec ce sabre court en...bois ! La bataille finale de Tsugumo) qui transparaît par touches et reste des plus implacables. Chaque scène marque, même les instants de calme, faussement apaisés (excepté le flashback concernant les jeunes adolescents avant que le père de Chijiwa ne se suicide). Hara-Kiri n'est pas à proprement parler un film d'action (les combats sont éclipsés sciemment au profit d'un suspense bien entretenu) mais il est ce calme avant la tempête, cet oeil du cyclone qui menace de tout embraquer avec lui.




Inutile de tergiverser, Hara-Kiri est un chef d'oeuvre. Et si le message social ne paraît toujours pas clair, c'est visuellement qu'il vous achèvera tant le film est proche de la perfection.

6/6.





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(*) Samouraï sans maître.

(**) genre du film historique japonais. Le chambarra qui traite des films de sabres en est un sous-genre.

(***) Enfin... 1962 mais le film n'a pas pris une ride ce qui nous permet de mieux encore l'ancrer à l'époque actuelle.

(****) Codes et principes moraux, éthique des samouraïs.

(*****) Le film précise juste que l'histoire se déroule au XVIIe siècle. Cela correspond en fait à l'époque Edo (du nom de la capitale où s'établit la dynastie des Tokugawa) qui s'étend approximativement de 1603 à 1867 où le Japon se replie alors en une parfaite autarcie, réprimant violemment tant les chrétiens (interdiction du christianisme en 1612, répression de Kyushu en 1637) que les Ronins eux-mêmes (1651), se fermant à tout contact avec le reste du monde. Le contact se rétablira pourtant brutalement quand en 1853, l'arrivée d'une escouade américaine dans la baie d'Edo arrive avec une lettre du président des Etats-Unis ordonnant fermement la réouverture du pays...

(******) Qui avait travaillé auparavant avec Akira Kurosawa sur Rashomon, Les sept samouraïs et Le château de l'araignée entres-autres ce qui n'est pas rien.






Sources : Le cinéma japonais (de Max Tessier - éditions Armand colin, collection 128) ainsi que Japon, peuple et civilisation (sous la direction de Jean-François Sabouret - éditions La découverte/poche).
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