Images mouvementées

Forum pour rêveurs fans de cinéma...
 
AccueilPortailGalerieS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Cosmopolis (Cronenberg - 2012)

Aller en bas 
AuteurMessage
Anorya
Effraie les filles since 1983.
Effraie les filles since 1983.
avatar

Nombre de messages : 9077
Age : 35
Localisation : Into the french capitale-euh !
Date d'inscription : 21/10/2006

MessageSujet: Cosmopolis (Cronenberg - 2012)   Lun 28 Mai - 9:51




Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.


Cronenberg a toujours aimé l'Art.
C'était en filigrane de ses nombreux précédents films, par petites touches (l'expo de l'artiste de Scanners, les instruments exposés dans Faux-semblants...), quitte à placer un film dans la sensibilité de la glorieuse Vienne d'autrefois, celle qui fut une ville d'artistes où l'on vit se développer Egon Schiele et Klimt. Mis à part quelques phrases qui l'évoquaient, l'Art était peu représenté toutefois dans A dangerous Method. Je l'ai pourtant vu exposé frontalement dans Cosmopolis et sans doute qu'au délà de la pure intrigue contemporaine aussi bien liée à la crise financière qu'au parcours d'autodestruction d'un jeune loup carnassier un brin blasé (Robert Pattinson avait déjà prouvé par le passé qu'il pouvait faire de belles choses --Je ne pensais pas tant à Twilight qu'au personnage de Cédric dans le 4e volet des Harry Potter par exemple--- mais il lui fallait un grand réalisateur pour commencer à exploiter pleinement son talent, c'est chose faite avec Cronenberg où il est assez impressionnant) qui tient presque de façade (le vrai discours c'est celui sur le monde actuel, or l'Art est tout autant intemporel qu'ancré dans une temporalité du présent), le film ne parle en fait que d'Art et de notre relation à ça.


Evidemment l'objet se révèle très riche et l'on pourra noter beaucoup de choses (tiens par exemple, la limousine presqu'insonorisée qui fonctionne comme un ventre maternel, impression accentuée par le fait que Pattinson y fait "sa croissance" et ne "naît" véritablement qu'à la fin, sans compter les mouvements du véhicule, balloté dans une manif comme avançant et reculant dans un même plan --on voit par les fenêtres le décor sur les côtés ou derrière l'acteur qui avance lentement ou recule. Bien sûr il y a les embouteillages à prendre en comtpe, mais cela rejoint cette idée de mouvements à l'intérieur du corps de la mère. Une mère que le "héros" n'évoquera jamais, préférant souligner un père bien trop absent (encore le rapport au père comme depuis les derniers films --et là dessus je renvoie à ce post sur mon blog). C'est sans doute d'ailleurs le film de son auteur le plus cérébral à mon sens, on rejoint tout autant Crash que Videodrome (sans les oripeaux visibles de la chair et ses transformations). On pourra tout autant être happé par la mise en scène (ah bon sang ces travellings courts mais fluides) que les dialogues qui partent souvent dans tous les sens. Le constat d'une société actuelle complètement perdue n'est pas loin mais Cronenberg n'est jamais moraliste, et les dialogues sont tout autant drôles parfois (le rat comme monnaie. Grand moment :mrgreen: ) que passionnants (le discours avec Samantha Morton sur lequel je vais revenir) et jamais véritablement inutiles. Tout semble faire sens et le décalage final brillant tient plus à mon sens que Giamatti cherche véritablement à cerner le personnage vis à vis de ce qu'on vient de voir et entendre (donc l'avis qu'on a pu nous même nous faire) tout en cherchant une véritable justification à l'acte qu'il s'est donné de faire, misérablement celui qui donnera un sens à sa vie; là où Eric Packer cherche enfin à comprendre quelqu'un et s'ouvrir à lui.


Et donc le rapport à l'Art, revenons-y. Je laisse à d'autres passionnés le soin d'explorer toutes les pistes ouvertes par l'objet.
C'est un signe, le film s'ouvre sur du pollock en animation dès le début avec une toile qui comme chez De Staël appartiendrait plus à l'abstraction figurative : on peut tout autant y voir quelque chose d'abstrait qu'une ville reconstituée en 3 couleurs (gris,blanc,noir) sur du beige (Et pour le fan de Pollock que je suis, c'est un choc sublime de voir tout ça en mouvement même si je me doute que l'effet n'est peut-être pas nouveau). Pas étonnant non plus que les toiles choisies de Rothko (dont Packer voulait acheter une toile dans une chappelle) à la fin semblent dessiner une impasse, c'est en droite ligne avec le sujet sur la futilité de notre monde actuel représenté par ce jeune loup carnassier un brin péteux dont on a rien à foutre mais qui, bien dirigé par le cinéaste, finit complètement par nous émouvoir. Enfin, l'Art transpire aussi par d'autres voies telles que l'Art Contemporain (l'entartrage effectué par un Amalric rigolard qui évacue un temps la tension avant le final s'inspirant d'un réel artiste belge entartrant les personnalités connues), le mysticisme ou la poésie.


Comme souvent chez le cinéaste, les acteurs sont au diapason. On recroise avec bonheur Sarah Gadon précédemment vue sur A dangerous method avec son regard et ses grands yeux verts qui lui figurent toujours une bouille un brin touchant et ovniesque. Samantha Morton en pièce rapportée n'est pas plus mal. Coproduction avec la France oblige, on croise une Juliette Binoche et un Amalric en roue libre (je l'adore, c'est quasiment le petit grain décalé qui me permet parfois d'apprécier un peu un film que je n'apprécie guère, comme Quantum of solace par exemple Embarassed ) mais la grosse surprise reste bien sûr Robert Pattinson, assez magistral. La mise en scène ? Comme précédemment, faussement simpliste et pourtant incroyablement maîtrisée si on y fait attention. Et la musique d'Howard Shore en collaboration avec Metric (je l'écoute actuellement pendant que j'écris), proche des récents travaux de Trent Reznor et Atticus Ross (Soundtracks de The social Network et The girl with the dragon tattoo) est assurément du bien bel ouvrage. Pour moi un grand Cronenberg dont les images restent bien en mémoire et continue d'intriguer, de faire réfléchir, de désorienter après son visionnage.

5/6
:bijour: :bunny:
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://anorya.deviantart.com/
 
Cosmopolis (Cronenberg - 2012)
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Images mouvementées :: Le Cinéma du forum !-
Sauter vers: