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 Les Immortels (Tarsem Singh - 2011)

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Anorya
Effraie les filles since 1983.
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MessageSujet: Les Immortels (Tarsem Singh - 2011)   Mar 3 Avr - 8:22


Les Immortels ( Tarsem Singh - 2011).




Dans la Grèce antique, Thésée, un jeune guerrier, va mener ses hommes à la bataille avec les dieux de l'Olympe pour tenter de repousser les Titans, anciens dieux primaires qui ont juré de détruire l'humanité...




Le genre mythologique est quotidiennement remis à jour ces derniers temps pour le meilleur et pour le pire. Fallait-il le blâmer ou l'en remercier mais 300 avait ouvert les hostilités d'une fort belle manière il y a quelques années. Et même si j'y trouve régulièrement matière à redire (cette voix-off lourdingue et omniprésente qui souligne constamment, CONSTAMMENT, ce qui se trouve à l'image par exemple et empêche le film d'atteindre des sommets que le comics d'origine de Frank Miller avait déjà atteint), on ne peut que remercier Zack Snyder (pour une fois) d'avoir ainsi pu attirer toute une frange du public vers nos héros en guêtres, boucliers et parfois peaux de bêtes (l'ami Jason) même si le genre s'en trouve souvent assez malmené (la colère des titans, le choc des titans...). Et disons le net, Les immortels ne viendra certainement pas clarifier les choses, le cul entre deux chaises, massacrant avec un certain brio tout le culte mythologique entourant Thésée tout en magnifiant formidablement l'aspect visuel et les batailles par l'incroyable talent de stylisation de ce diable de conteur qu'est Tarsem Singh.



Le travail des enluminures ouvrant le film est assez remarquable.


Ecrit par les frangins Parlapanides (qu'on va remercier et raccompagner gentiment à la porte hein), l'histoire entremêle un peu toute la mythologie grecque pour tisser une grande épopée un peu bordélique. Les fans de mythologie grincent encore des dents, on les comprend. Hypérion n'est pas un roi à la base, mais l'un des Titans normalement père du soleil, de la lune et de l'aurore, Thésée n'est pas un simple fils de pêcheur, ou plutôt si, mais dans sa jeunesse et cela avant de récupérer l'épée de son père, le roi Egée et avec laquelle il se fera reconnaître dans un banquet où il est l'invité d'honneur une fois invité à Athènes suite à ses nombreuses aventures sur les routes de la Grèce (où il défait un nombre pas possible de brigands en tous genre). Banquet où Médee tenta de l'empoisonner la bougresse, avant de s'enfuir en Asie, saine et sauve, son forfait éventé. Là déjà, il y a matière fabuleuse à faire un grand drame en film ou une mini-série. Et vous connaissez la suite... Le labyrinthe, le minotaure, Ariane, la voile noire et encore plus loin, l'aventure de la Toison d'or, ses aventures avec Pirithoüs... La légende est vaste et passionnante.




Cette légende se retrouve donc ici complètement emmaillée, retricottée n'importe comment et voilà que Thésée se retrouve avec les dieux à retenir les titans. On se demande pour le coup s'il n'y avait franchement pas moyen quitte à tricher, de prendre un autre héros grecque largement moins connu ou de bâtir un personnage totalement fictif. En fermant les yeux sur toutes ces bases historiques savamment pillées (toutes les grandes Histoires même tronquées ou disponibles hors d'un éventuel "director's cut" ne s'en laissent généralement pas abattre pour autant on le sait), le récit reste captivant pour plusieurs raisons et notamment le savoir faire de Tarsem Singh qui entraîne toute son équipe dans sa vision toute d'artificialité d'autant plus revendiquée qu'elle reste homogène de bout en bout, traçant des visions esthétiques sublimes et peu égalées dans un blockbuster pourtant tout public.




S'inspirant plus ou moins du Caravage (dixit le dossier de presse du film) pour la lumière (pour le coup il y a encore du chemin à faire car on pense à d'autres choses que le grand peintre du rouge), le réalisateur justifie ses choix personnels du fait qu'il adore les mythes grecques tout en souhaitant ramener cela à une vision plus humaine. D'où peut-être un nécessaire triturage mythologique (et après tout, les règles ne sont-elles pas souvent faites pour être contournées ou brisées ?). D'où une magnification de décors immenses où sont plongés les personnages. D'où des dieux et titans à la même hauteur que les humains mais bénéficiant d'aptitudes qui en font plus des surhommes. Constamment habillés d'or en contraste avec la peau de cendres des titans, nos êtres divins bénéficient en plus de costumes signés Eiko Ishioka (remember le Dracula de Coppola !) et brillent plus ou moins dans l'obscurité sans que cela ne tombe dans le ridicule (on a pas une lumière phosphorescente ou un halo qui les enveloppe ou que ne sait-je).


Aussi replacé dans une dimension humaine, le combat entre Thésée et le minotaure ne se place pas dans un monstrueux labyrinthe dont la meilleure et plus inquiétante représentation serait sans doute celle qu'en fait le dessinateur de Papyrus, De Gieter dans le 13e tome (et ce bien avant que la série ne sombre dans le n'importe quoi selon moi, quand les albums étaient encore passionnants et fascinants :mrgreen: ) avec un labyrinthe gigantesque, en fait un corail vivant qui se refermerait sur les proies fatiguées d'errer dans ce dédale sans même avoir pu croiser le terrifiant homme à tête de taureau. Une monstrueuse plante carnivore géante qui ne laisse même plus d'espoir de sortir vivant. Hop un extrait :




Non, Tarsem va replacer le lieu où Thésée va affronter le monstre dans un mausolée, rendant l'attaque de ce dernier bien plus imprévue et aussi brutale que celles que peut lancer le roi Hypérion (Mickey Rourke au passage dans un rôle de barbare qui lui colle très bien), redistribuant les cartes de la bataille (*). Ainsi si Thésée survit ici, ce n'est plus totalement maître de ses moyens (Selon le poète Apollodore dans un récit du Ier siècle, Thésée trouve le monstre endormi et se jette sur lui, le plantant de son épée avant de l'achever --ce doit être assez barbare visuellement on l'imagine-- de ses poings, l'épée clouant la bête sur place) mais bien en se servant de son ingéniosité et de son aptitude à s'adapter dans l'instant. La créature elle même n'a de bestiale que sa façon d'attaquer et de réagir, son corps est en fait complètement humain, la "tête" étant, comme dans le Satyricon de Fellini, en fait bien humaine mais masquée par un artefact. Chez le regretté réalisateur italien c'est un masque (l'idée n'est pas de combattre comme un bourrin la bête mais de définir l'humanité d'un combattant à travers une situation quasi-mortelle), ici emprisonnée dans une structure de fer qui doit rendre fou de douleur la créature. Au fond, on la plaindrait presque.




Je parlais des dieux (et des titans) en les désignant plus comme des surhommes, dans la manière en fait dont Tarsem Singh va filmer les différents combats du film. Si les hommes combattent généralement à vitesse réelle ou légèrement ralentie, les combats dieux contre hommes ainsi que Dieux contre Titans s'alignent sur des vitesses de 500 à 1000 images par secondes créant une vision de combat proprement stupéfiante. A celà s'adjoint souvent le fait que l'arrière plan d'un combat s'avère plus rapide que ce qui est au premier plan ou que le sang d'un titan qui jaillit s'avère plus lent à éclabousser que le mouvement de l'arme ou de la main d'un dieu qui vient de le trancher. Là je parle aux cinéphiles mais ceux qui ont vu le Zatoichi de Kitano doivent pouvoir visualiser l'effet. Dans ce dernier, le combat au ralenti laissait jaillir le sang à la fois au ralenti (un léger retard à jaillir) et en accéléré (par rapport au même combat déjà ralenti) grâce à l'ordinateur (le sang est presque toujours numérique dans ce cas), livrant un étrange et passionnant effet. Certains combats de dieux laissent même une petite trace lumineuse comme celle que produisent des néons quand ils vous aveuglent d'un mouvement bref, laissant une traînée de lumière suspendue à votre rétine que l'appareil photo captera d'une belle manière. On penserait presque aux traînées des armes d'un Soulcalibur sur console (et je pense que Tarsem Singh doit connaître cette saga vidéoludique, il suffit de voir toutes les références et inspirations qui parsèment continuellement The cell et dans une moindre mesure, le sublime The fall par exemple pour voir que sa culture brasse très large).



Et pour mieux se rendre compte, du plus grand format ici et puis là.


Pour tout ce que j'ai écrit, oui j'aime les Immortels. Je le préfère même à 300 avec le recul.
Alors oui le film est inégal pour beaucoup de choses.
On pourra trouver les dieux platement ressemblant à des éphèbes issus de publicité modernes par exemple.
On pourra trouver qu'a part Thésée et Hypérion, le reste des personnages n'est pas très développé (Freida Pinto passe, disserte sur ces visions et nous montre ses fesses, qui sont fort belles je souligne. C'est ma foi déjà mieux que son rôle ultra-minimal dans La planète des singes les origines mais on me rétorquera que je suis sans doute un poil méchant pour le coup gne ).
Que du fait que ça a été tourné pour la 3D, sur un dvd ou blu-ray basique, ben, c'est vachement sombre (oui là je suis d'accord).


On pourra aussi comme c'est mon cas, être fasciné par cette épopée modifiée et retravaillée d'une manière assez inédite, voir que Tarsem s'approprie tout et fonce dans la seule idée de penser à travailler le mouvement, être cloué par ces moments où le ralenti fonctionne comme un capteur de beauté, et ce même pour capter l'horreur de démembrements bien sanglants. Le réalisateur livre même parfois un chant lyrique sur la cruauté où chaque torture, aussi horrible soit-elle ne peut que fasciner par sa rapidité d'execution et un certain raffinement. Les chairs sont violentées, seul le chaos domine et veut vivre. Au fond de tout ça, je maintiens que ce film palpite et possède une certaine beauté. Et pour tout ça oui, j'aime bien ce film. Je l'aime même beaucoup.




4,5/6. Very Happy






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(*) On peut aussi penser que chaque moment de l'Histoire quel qu'il soit peut devenir un fragment d'une éternelle légende qui sera toujours façonnée par celui qui la racontera. Les batailles de Thésée (minotaure, Hypérion...) prennent ainsi un autre relief quand l'épilogue du film les replace à travers une statue dédiée aux exploits du héros. Statue qui est des plus ressemblantes à ce que nous avons l'habitude de voir mais qui, pour réfleter une réalité qui nous est plus proche (celle des bas-reliefs qui fonctionnent dès lors comme autant d'instantanés d'une époque que nous essayons souvent tant bien que mal de reconstituer dans nos films, peintures, BDs ou romans) en devient du coup bien fade face à tout ce que nous avons pu voir. La légende ici semble nous dire Tarsem, c'est nous qui l'avons vécue et les autres qui ne peuvent que s'en faire une idée partielle alors que généralement c'est l'inverse.



Les informations sur le film proviennent du dossier de presse de celui-ci. Les passages se rapportant à la mythologie grecque viennent de La Mythologie, d'Edith Hamilton aux éditions Marabout.
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