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 Le narcisse noir (Powell / Pressburger - 1947)

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Anorya
Effraie les filles since 1983.
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MessageSujet: Le narcisse noir (Powell / Pressburger - 1947)   Dim 25 Mar - 16:16






La magnifique affiche polonaise de l'époque.


Une congrégation de religieuses se rend dans un ancien harem situé sur les contreforts de l'Himalaya pour y établir un dispensaire. Les soeurs sont aidées dans leur tâches par Dean, un agent britannique installé dans la région depuis longtemps. Rapidement, la soeur supérieure Clodagh s'offusque de la conduite de ce dernier. Au sein de la communauté, les tensions s'exacerbent et les nonnes traversent des épreuves pesantes, aussi bien pour le corps que pour l'esprit...




On devrait très sérieusement décerner une médaille à Carlotta pour tous les trésors qu'ils nous dénichent avec un bonheur toujours renouvelé. Il y a peu était alors réédité Les chaussons rouges (1949), merveille de technicolor sur le sujet de la danse qui, rétrospectivement, en inspira plus d'un, de Suspiria (1977) à Black Swan (2010), tant par le sujet que l'extrême talent cinématographique de mise en scène qui y était déployé. Mais peu avant, le duo Powell (à la caméra)/ Pressburger (au scénario) nous avait déjà offert Le Narcisse noir, lui aussi en technicolor (et quel technicolor mes enfants, à se damner) et tout aussi important, marquant, passionnant... génial.




C'est un film qui pour l'époque (et encore aujourd'hui subjectivement) est un défi lancé tant dans le fond que la forme. L'histoire en elle-même est déjà assez atypique, une congrégation de nonnes à plus de 3000 mètres de hauteur et le refoulement de leurs désirs qui va s'effectuer violemment ici, loin de tout sous diverses pressions. Sauf que dès le départ, à la grande surprise de l'équipe, Powell qui a pourtant déjà pas mal roulé sa bosse, impose de tourner le tout en studio, imposant un contrôle total des conditions de tournages. Ce qui laisse interdit dans un premier temps les différents collaborateurs tels que Jack Cardiff (le directeur photo qui délivre ici un travail remarquable --cf captures), Alfred Junge (le chef décorateur responsable d'une majeure partie des décors mais pas des matte paintings toutefois) ou Brian Easdale (à la musique) va ensuite considérablement les booster pour livrer une oeuvre exigeante témoignant d'un dépassement de soi incroyable.




Car tout est construit en studio (excepté les rares plans étant tournés en Angleterre et lié au passé de Soeur Clodagh --merveilleuse Deborah Kerr). Le monastère ? Une maquette. Le fond ? De la peinture hyperréaliste. La musique d'Easdale ? Crée sur place mais le compositeur ayant une parfaite connaissance du pays, il arrive, au même titre que l'aspect visuel, à nous immerger complètement dans un travail sonore qui a intégré les rythmes de l'Inde. Le travail photographique de Cardiff n'est pas en reste et évolue en même temps que l'histoire même du film, donnant de la force au drame sensuel qui ne fait que s'amplifier de plus en plus. Comme le fait habilement remarquer Darius Khondji dans l'entrevue/analyse titrée Spectrum (qu'on retrouve dans ce dvd/blu-ray Carlotta), si la couleur semble fade et banalement appliquée, écrasée, plaquée, au début du film, elle s'enrichit lentement de chaleur pour développer des tons parfois brumeux, presqu'oniriques à mesure qu'on s'approche de la fin.




L'anecdote est d'ailleurs connue : le technicolor était si puissant qu'il fallait appliquer un rouge à lèvre couleur peau sur les lèvres des actrices pour atténuer la puissance du rouge. Rouge qui, dès lors, ressurgira avec une violence inouïe dans la seconde partie du film, quand soeur Ruth abandonne ses voeux et décide, déjà gagnée par la folie, de retourner à une vie plus banale, hors de toute spiritualité, de tout refoulement du désir, de toute solitude sur ce foutu piton rocheux. La scène en question se pose comme une fracture, un duel silencieux. A soeur Ruth qui applique son rouge à lèvres et nargue lentement soeur Clodague, cette dernière choisit de prendre lentement la bible et de tenir tête jusqu'au bout de la nuit. Dans cette opposition de deux personnages qui luttent l'un contre l'autre aussi bien que contre eux-mêmes (si Ruth s'est totalement abandonnée, Clodagh résiste encore un peu. De toutes les soeurs, c'est la seule dont on a accès aux pensées et donc au passé tourmenté qu'elle a subi).





Mais plus que cette scène essentielle du film (la mise en scène, d'une rigueur et d'une perfection absolue devrait être étudiée dans toutes les écoles), c'est toute l'histoire qui n'est pas en reste. A l'époque les critiques en furent même assez décontenancés. Car la première partie du film, même si elle est d'une linéarité somme toute banale, ne propose aucun méchant, aucune ligne directrice. Il s'agit juste de saupoudrer un climat dans la recette, de mélanger et lentement faire monter la pression pour obtenir quelque chose proche du documentaire et du drame intimiste avant de basculer dans la seconde partie au film d'épouvante pure (fantastique ?) avec quasiment rien, si ce n'est la figuration de la folie et de la fatigue d'une personne. Le tout par les couleurs, le jeu d'actrices, la musique, voire les décors. Impressionnant. Peu de films peuvent se targuer d'aller aussi loin.




C'est là qu'on voit comment ce film (et Les chaussons rouges) ont pu marquer par leur puissance visuelle une multitude de réalisateurs. Comment ne pas penser à Argento ou Bava quand on voit le travail des couleurs ? Mais même, je pense que l'influence s'est étendue lentement bien au délà du simple média du cinéma. Quand je vois la magie d'un Mr. Nutz sur une console comme la super nintendo avec ses montagnes qui se profilent au loin (le dernier tableau de ce jeu extrêmement dur en fait), un peu bric et broc, pas mal magiques, comment ne pas penser au Narcisse Noir ? Pareil pour les aurores boréales d'un Secret of mana 3, ce côté un peu peinture, un peu magie qui arriverait difficilement dans la réalité (ou pas avec des couleurs aussi poussées et blanches dans Mr Nutz). Dans une oeuvre dite "culte", il n'est pas étonnant que l'intertextualité en arrive a toucher tous les niveaux, tous les médias.




Mais peut-être que j'extrapole, que je vais trop loin ? Il faut dire que l'écrin subjugue lentement, durablement. Je me suis retenu de voir le film une nouvelle fois dans la semaine, mais je doute de tenir plus longtemps et dans les semaines qui viennent, je me remettrais dans le canapé, la télécommande en main pour retrouver ce qui est déjà devenu un vieil ami. Chef d'oeuvre ? Sans doute. Très grand film en tout cas.



===========



C'est du blu-ray alors un mot sur l'image et le son mais que dire d'autre si ce n'est que le résultat est splendide. Le son est en mono DTS-HD et reste constamment lisible, ce qui relève de l'exploit quand on voit comment d'autres films de cette période nous sont parfois arrivés. Concernant les bonus, on a droit à du déjà connu (Il était une fois le narcisse noir qui était déjà présent dans le dvd édité par l'institut Lumière, sympathique) et de l'inédit (l'intéressant Spectrum) même si dans les deux cas c'est tellement passionnant que ça reste trop peu ! En même temps concédons qu'on fait un peu la fine bouche, le film en lui-même est un des plus beaux cadeaux que Carlotta ait pu nous faire il faut remarquer.
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Le narcisse noir (Powell / Pressburger - 1947)
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