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 L'été du Démon (Nomura - 1977)

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Anorya
Effraie les filles since 1983.
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MessageSujet: L'été du Démon (Nomura - 1977)   Mar 10 Aoû - 14:55

L'été du Démon (Nomura - 1977).



Honte à moi je met la jaquette du dvd. J'en trouve pas de belle qualité du film qui puisse m'intéresser à vrai dire. Embarassed


Depuis déjà 7 ans, Sokichi, un banal imprimeur, entretient une maîtresse avec laquelle il a eu 3 charmants bambins. Mais voilà qu'il ne peut plus subvenir à ses besoins. Excédée, celle-ci fait un beau jour irruption chez lui, lui balance sa progéniture à la figure avant de repartir. Totalement ivre de jalousie et de haine, l'épouse légitime de Sokichi va alors progressivement faire germer dans la tête de son mari l'idée de faire disparaître les enfants définitivement...




C'est ce qu'on peut appeler une grosse claque, un film coup de poing.

Je n'en attendais rien de bien précis, j'avais même peur de me retrouver dans un film glauque à souhait qui ferait dans le mauvais mélo, dans le pathétique sans classe. Et en fait non c'est tout le contraire. Couleurs magnifiques, cadres impérial, musique à se damner (on dirait du Ennio Morricone, c'est grandiose) et surtout, une maîtrise incroyable, une histoire intelligente (adapté comme pour son Vase de sable de 1974 d'un roman de Seichô Matsumoto, apparemment le Simenon Japonais) et des acteurs proprement géniaux de bout en bout tant chez les enfants (et pourtant, ça ne doit pas être facile d'avoir des enfants acteurs de 3 ou 5 ans) que les adultes (Ken Ogata est excellent en homme torturé qui va pourtant faire l'impossible).





Avant de commencer à devenir pleinement cinéaste, Yoshitaro Nomura a été l'assistant du grand Akira Kurosawa. De lui il a gardé une humanité qui traverse tous les personnages et une humilité qui s'associe à une technique sans faille. Tous les personnages sont montrés dans leurs travers comme leurs bons côtés, aucun manichéïsme ne les caractérise et c'est cette complexité bien humaine qui fait toute la richesse du film. On pourrait haïr Sokichi mais en même temps, et c'est là le pire, on comprend parfaitement sa situation. Et quand on le voit dans de rares moments avec les enfants, on constate qu'il les aime plus que tout, mais qu' irrémédiablement dominé par sa femme, il en vient à prendre la plus mauvaise décision. Comment dès lors blâmer cet homme qui, le temps d'un été, va basculer sur la mauvaise pente ? Et plus le film avance et plus l'on finit par s'attacher aux enfants, notamment la petite fille et l'aîné de 5,6 ans. A ces derniers, le film réserve ses plus belles scènes mais aussi l'image d'un état qui se resserre. Une inquiétante descente aux enfers. D'autant plus que si la petite Yoshiko ne se doute de rien, Riichi malgré son jeune âge prend lentement conscience (le gamin est terriblement intelligent, il faut voir comment il passe un contrôle en gare (après avoir pris tout seul le train !) en faisant le petit qui joue derrière deux femmes, se faisant passer inconsciemment pour l'enfant de l'une d'elles --cf photo ci-dessous-- afin de revenir sur l'endroit où ils habitaient avant avec leur mère) que quelque chose d'inquiétant arrive lentement.





Pas dupe, le gamin comprend très bien que son père est sous l'emprise de cette femme terrifiante et tentera souvent de lui échapper. Tout le sel du film sera alors de voir ses échanges étranges et fascinants, fait de méfiance et d'amour d'un père pour son fils et vice versa, au coeur d'une situation implacable. Avec ce suspense latent : le petiot arrivera t-il à s'en sortir (on pourrait même se demander si ce n'est pas lui le démon tant il fait preuve d'habileté et de malice) ? Le père ira t-il vraiment jusqu'au bout de son sombre projet ? Un soir dans une auberge où ils passent la nuit, tandis que le gamin joue avec de petits Bernards Lhermitte comme si c'était des voitures, le paternel, passablement ébréché par des doses conséquentes de saké se livrera à une confession sur sa propre enfance, faisant comprendre au spectateur qu'il fait inconsciemment la même erreur que ses propres parents et livrant là l'une des clés de la fin du film, proprement sidérante et bouleversante (promis, vous allez vous effondrer en pleurs).





Et le film n'est pourtant jamais versé dans le pathos. Au contraire, les détails, la finesse psychologique des différents protagonnistes abonde, la musique se fait tour à tour petite comptine, ritournelle toujours sur le retour quand elle ne prend pas des allures à la Hitchcock pour montrer le danger latent qui plane sur les enfants. C'est du drame avec des morceaux de policier et de mélo dedans. Mais du grand film, immense, magnifique, bouleversant, dont on ressort retournés. Nomura est un cinéaste a définitivement réhabiliter au plus vite. Un grand cinéaste.


6/6.



A noter qu'on parle aussi du film ici.
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