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 Le topic à Truffaut.

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Anorya
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MessageSujet: Le topic à Truffaut.   Ven 17 Juil - 16:40

J'ai bien cherché, j'ai pas trouvé de topic sur le cinéaste.
Je croyais en avoir fait un pourtant... Embarassed

Qu'a celà ne tienne, en voilà un. gne

------------

Vu voici deux jours, avant d'aller voir une Little Wing à Paris. gne


Les mistons (1957)


Moi aussi je serais heureux de rendre sa balle de tennis à Bernadette Laffont. Embarassed

Petit court-métrage d'une vingtaine de minutes tourné deux ans avant les 400 coups, il s'agit là bien plus que d'un galop d'essai (Quid de "une visite" son premier court-métrage ? Il semble inexistant en dvd...) puisque déjà ici se retrouvent des thèmes chers à Truffaut à travers le fétichisme (le gamin qui renifle la selle de vélo où Bernadette posait son postérieur Shocked ), l'amour des femmes (Bernadette Laffont ici avec un court-métrage qui semble intégralement dédié à sa beauté), l'hommage au cinéma (la reprise de "l'arroseur arrosé" ainsi qu'une séquence à l'envers qui fait penser à Cocteau) et la mort (la disparition de gérard dans un accident en pleine montagne). Le tout est porté par une voix-off qu'on retrouvera bientôt dans tout l'univers Truffaldien (ici ce n'est néanmoins pas lui qui fait la narration) et un rythme fluide. Très plaisant, un bonheur de le revoir une fois de plus.

5/6.

Ce court est dispo sur le dvd des 400 coups en plus. Surprised
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MessageSujet: Re: Le topic à Truffaut.   Sam 18 Juil - 10:10

J'en profite pour faire des copiés collés de Truffauts vus dernièrement.


----------------------

(juin 2009)

L'histoire d'Adèle H.



Une histoire à sens unique avec un amour à sens unique.
Celle d'Adèle Hugo, soeur cadette de Léopoldine, fille plus connue de Victor Hugo à cause de sa mort tragique qui brisa l'écrivain français. Adèle elle-même souffre de cette mort, se sent rejetée par son père qui, pour elle, n'a toujours aimé que Léopoldine et poursuit de ses assiduités un jeune soldat français d'Halifax en Nouvelle Ecosse, jusqu'aux îles de la Barbade jusqu'a en perdre la raison.

C'est pas folichon tout ça hein ? :mrgreen:


L'interprétation d'Adjani est formidable, c'est littéralement elle qui porte le film, en faisant sa force comme son défaut. Car Truffaut, complètement hypnotisé par son actrice (c'est pas la première fois qu'il tombe amoureux de ses actrices au passage Laughing ), filme quasiment les 3/4 du temps, son visage en gros plan ou plan fixe, comme une obsession ininterrompue. D'autant plus que le film, même si il coule dans une veine romantique, est un peu trop retenu et ne va pas aussi loin que les deux anglaises et le continent dans les tréfonds de la passion. Sans doute qu'échaudé par l'échec de ce dernier, le cinéaste s'est dit qu'il fallait moins en faire et c'est dommage car L'histoire d'Adèle H ne manque que de celà, cette folie un peu mortifère qui hante le cinéma de Truffaut.

2/6


---------------

(octobre 2008)

La peau douce (1964)



S'inspirant d'un fait divers lu dans les journeaux, Truffaut bâti son histoire sur l'adultère, la frustration, la deception et bien sûr une terrible vengeance et là, surprise, pas de jeux avec les cadrages ou la caméra, l'histoire fait dans le simple et concis, voire le glacé. Truffaut montre simplement là un homme trop gentil, trop coulant qui accepte de peu un peu tout (Pierre Lacheney hésite perpétuellement, il n'est pas franc, il est un peu lâche et peureux et ne s'aperçoit pas qu'il s'engage dans divers engrenages parce qu'il est incapable de dire "non"), sa passion et ce qu'elle finira par donner. Il finira par en payer hélas le prix. Un Truffaut très noir porté par la musique du toujours très romantique George Delerue. Good.

4/6.


----------------

(juillet 2008)

Les deux anglaises et le continent (François Truffaut - 1971)



Hoplà, je continue sur ma lancée Truffauïste. Et comme pour l'Enfant Sauvage vu un peu plus tôt, j'ai aussi adoré ce Truffaut là. Au contraire de Jules et Jim (aussi adapté du romancier qu'était Henri-Pierre Roché), le cinéaste choisit de faire un film largement plus physique où les ébats sont montrés et où l'on ne nous épargne pas grand chose.

Spoiler:
 

Si la première partie permet de placer les bases du film, ses personnages et montrer une première romance (Claude-Léaud/Muriel), la seconde partie se montre plus dure (on dirait du Bergman avec les plans frontaux de visage lors de la "confession" de Muriel), austère, tout en étant plus brutale. Dans les deux parties soufflent intacts non seulement le talent de conteur de Truffaut mais aussi un certain romantisme enfiévré. J'y ai adhéré du début à la fin. Very Happy

6/6.
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MessageSujet: Re: Le topic à Truffaut.   Sam 18 Juil - 13:29

(juillet 2008)

L'enfant sauvage (François Truffaut - 1970)



"Truffaut aborde un sujet qui lui tient particulièrement à coeur : l'enfance maltraitée. Découvert par des chasseurs en 1798 dans l'Aveyron, Victor est pris en charge par le docteur Itard qui, refusant d'acréditer la thèse de son idiotie, entreprend de le civiliser. Le récit se concentre sur la relation entre Victor et Itard, sur les exercices par lesquels le docteur tente de communiquer avec l'enfant, de l'éveiller à la vie en société. (...)"
François Truffaut
(éditions Le Monde/Cahiers du cinema)


Depuis le temps que je voulais le voir, je ne suis pas déçu du tout. Qui plus est, ce film me réconcilie pleinement avec Truffaut dont j'avais adoré "Les 400 coups" mais dont d'autres films m'avaient un peu laissé au bord du chemin. Ici, on voit que le sujet tient bien à Truffaut, à tel point qu'il en fait une affaire personnelle et endosse lui-même le costume d'acteur pour jouer le docteur Itard. Celà joue aussi de pouvoir retrouver le Truffaut acteur déjà vu chez Spielberg, lequel avait justement été bien impressionné par "L'enfant sauvage". Bref, bonheur de retrouver le cinéaste dans l'acteur, avec sa diction si particulière. Le traitement du film n'est pas en reste : noir et blanc très proche des premiers films muets avec des ouvertures et fermetures à l'iris qui y reviennent, on sent là l'hommage sincère. Quand au film, il est juste, sec, sans fioritures, la voix-off de Truffaut s'avère remarquablement utilisée, elle ne surcharge pas inutilement les images et donne les informations qu'il faut. Et l'histoire, elle est touchante, même très bouleversante. J'ai failli pleurer à la disparition de Victor.

5/6.




---------------


Top Truffaut !
(parmi ceux que j'ai vus)


1. Les 400 coups + Les deux anglaises et le continent.
2. L'enfant sauvage + Tirez sur le pianiste
3. La chambre verte
4. La peau douce.
...
...
...
...
...
...12 ? Jules et Jim. :mrgreen: (je suis méchant là mais bon...) Crying or Very sad


Dernière édition par Anorya le Dim 19 Juil - 16:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le topic à Truffaut.   Dim 19 Juil - 15:59

Tirez sur le pianiste. (1960)




"Ton silence doit lui paraître bizarre.
Faut que tu dises quelque chose, n'importe quoi sinon elle va croire qu'elle t'intimide.
Au fond si elle est pas idiote, ce silence est éloquant : il crée une complicité amoureuse.
ça, elle est pas bavarde, C'est plutôt le genre sérieux : pas pimbêche, mais digne. La plaisanterie facile, très peu pour elle.
Pour qu'elle rit, faut vraiment que ce soit drôle.


(grimaçant de dépit)





"Ben qu'est-ce qui vous fait rire ?
_ C'est votre grimace."


Second film de Truffaut après les 400 coups l'année d'avant, c'est sans doute l'un de ses films les plus inventifs et lyriques, totalement en contrepied du précédent, partant dans tous les sens, avec des personnages quasi-obsédés constamment par les femmes (comme le dit le tenancier du bar : "Les femmes sont magiques", une réplique qu'on retrouvera dans "Vivement Dimanche" (1983) je crois. Comme une manière de boucler la boucle), des dialogues qui oscillent entre la rêverie, le drôle mais aussi le tragique, à travers le terrible aveu de Thérèse, l'ancienne femme d'Edouard Saroyan, alias Charlie Koller qui avouera face caméra un terrible secret. Rien que ces plans magnifiques où le visage de Nicole Berger illumine l'écran semblent annoncer les plans sur le visage d'Adjani dans l'Histoire d'Adèle H (1975) ou la confession face caméra, frontale (et brutale) d'une Muriel dans Les deux anglaises et le continent (1971).


Division du temps d'un aveu quand le patron du bar avoue où Charlie et Lena habitent.

Charles Aznavour (Charlie) en alter-égo du cinéaste se pose là, formidable dans un personnage un peu monolithique, charismatique mais timide, habité par une étrange fièvre. Quand à Lena (Marie Dubois), dont c'est le premier film avec Truffaut (elle jouera le petit rôle de Thérèse ensuite dans Jules et Jim (1961), la jeune fille capable de "faire la locomotive" avec une cigarette :mrgreen: ), elle est déjà formidable (ce devait être son 4e rôle après un passage dans une série comme "les 5 dernières minutes" et divers petits rôles. Mais c'est surtout son premier grand vrai rôle) et il faut voir les scènes où elle avoue son amour à Charlie, l'embrasse et le retrouve dans son lit (le tout balayé de surimpression où Truffaut filme la chambre, mélange dialogue d'amoureux sur postures au lit où se lisent le bonheur sur un visage) pour se retrouver ému tellement le cinéaste filme le tout, comme porté par une sorte de grâce incroyable. L'amour de Truffaut pour ses actrices n'est pas un secret mais serait-il tombé aussi amoureux de Marie Dubois ? Very Happy






La scène décrite plus haut.

C'est dur à expliquer mais le revisionnage de ce film m'incite à penser que c'est sans doute (avec quelques autres comme Les 400 coups, Jules et Jim (que j'aime pourtant moyennement), Les deux anglaises..., L'homme qui aimait les femmes, La chambre verte, L'enfant sauvage...) le film qui contient pleinement en lui le style Truffaut. Il y manque sans doute l'amour des livres, cet amour que le cinéaste a constamment montré dans toute son oeuvre (et encore ! le pseudonyme "Marie Dubois" --l'actrice s'appelle en fait Claudine Huzé à la base-- provient d'un livre d'Audiberti que Truffaut avait conseillé à sa jeune actrice de lire. Elle le fit et adora tellement le livre que... Wink . Et puis, Tirez sur le pianiste est une adaptation d'un polar noir de David Goodis à la base, tout comme Fahrenheit 451 était adapté de Ray Bradbury. Donc ici, même si l'amour des livres n'est pas visible à première vue, il imprègne le film hors-cadre) mais sinon, l'humour comme le tragique y sont. L'enfance (avec le petit Fido, frère de Charlie) et l'amour des femmes aussi bien sûr. Les 3 personnages féminins principaux (Léna, Thérèse et Clarisse (Michèle Mercier) la prostituée) y sont magnifiés comme jamais. Et il n'y a pratiquement que chez Truffaut que je retrouve ça, cet amour qui me laisse vaguement ému.


Thérèse (Nicole Berger) dans un rôle de composition fabuleux.


Un plan magnifique parmi tant d'autres dans le film.

Ce fut le premier échec de Truffaut, déjà coupé dans son élan entamé avec Les 400 coups et on peut se dire que si le film avait connu un succès fou, le réalisateur serait allé bien plus loin sans doute dans les expérimentations visuelles qu'on peut voir comme un hommage au cinéma des premiers temps (Cyril Neyrat dans son livre sur Truffaut (editions Le Monde/cahiers du cinéma) évoque les ouvertures et fermetures à l'iris de l'enfant sauvage comme autant d'hommage au passé, notamment les films de Sjöström) comme sa veine tragique avec laquelle il renouera le temps de quelques films comme la peau douce ou une certaine Chambre verte. Dommage, celà ne rend que d'autant plus au film un aspect charmant qui le transforme au gré de revisionnages et du temps en une superbe pépite.

5/6.





"Elle a bien senti que t'étais contre elle, si ça lui avait pas plu, elle se serait écartée de toi.
Donc, elle est d'accord.
D'accord pour quoi au juste ?
Mystère.
Tu vas lui proposer de boire un verre avant de rentrer, ça te fera gagner du temps, faut pas que tu rates ça; et avec aisance.
"Chère Léna, on va pas se quitter comme ça ? Venez boire un coup !"
ça non, non.
Plus gentil :
"Léna je parie que vous avez soif, moi aussi.""




"On prend un verre ? ... Ben ? Ben ça alors...."

Léna a disparu.

:mrgreen:
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MessageSujet: Re: Le topic à Truffaut.   Jeu 25 Nov - 14:48

* Antoine et Colette (Sketch tiré initialement de L'Amour à 20 ans - 1962).

* Baisers volés (1968).

Curieusement, je vois Antoine et Colette et Baisers volés comme des oeuvres qui se répondent et tracent un parallèle avec les 400 coups, d'où ma volonté de les traiter ensemble malgré la différence de format (un court-métrage pour l'un... qui aurait pu être finalement un film comme le disait Kevin95 plus haut, un long-métrage), de traitement (noir et blanc pour le premier, couleur pour le second), de ton (doux-amer mais aussi un peu cruel pour le premier, drôle, léger et initiatique pour le second). Et pourtant, merveilleusement, les oeuvres se complètent, se répondent d'un moment à un autre, selon l'étrange volonté de Truffaut de prolonger la saga Doinel. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si le premier se retrouve en bonus dans le dvd du second.


Antoine et Colette.

Jules et Jim remporte un certain succès en 1962 et le cinéaste profite d'une pause lors d'une commande pour un film à sketch, L'amour à 20 ans (coproduction franco-italo-japonaise) pour donner suite aux aventures du jeune Doinel, brisant un peu la mystérieuse et fascinante fin ouverte des 400 coups, mais renvoyant ainsi la balle à Jean Pierre Leaud, qu'il entretient un peu comme un fils. Doinel, on le sait, était déjà, d'une certaine manière autobiographique, une transposition du réalisateur plus jeune. L'amour des livres (la fameuse bougie éclairée pour Balzac dans les 400 coups), les problèmes avec des parents qui le renient, l'école buissonnière... Doinel livrait finalement l'image d'un personnage toujours en fuite, lancé en avant et si il semble momentanément s'être calmé ici, il n'en reste pas moins la transposition de Truffaut encore, cette fois tourné vers l'éducation sentimentale, ou plutôt l'initiation amoureuse, laquelle se poursuivra complètement avec Baisers volés, justement.

La réussite de ce court (25 minutes quand même), tient à la vérité de la non-relation entre Antoine et Colette (Marie-France Pisier), le jeune garçon tombant amoureux de la jeune fille, laquelle n'en a vraiment rien à foutre. :mrgreen:
Colette le laisse s'empêtrer à croire à quelque chose, prétextant qu'ils sont bons amis, restant évasif constamment avec Antoine, entretenant une relation qui n'aura pas lieu, se terminant sur un ratage (un rateau) doux-amer (fantastique scène où la mère "sait" et allume une cigarette sans dire un mot. Shocked ). Pour un mec l'attitude de la jeune fille pourrait apparaître proprement agaçante, voire blessante (pauvre Doinel), pourtant Truffaut ne juge pas, mieux, par la voix-off façon documentaire, il précise même avec une longueur d'avance qu'Antoine s'enlise irrémédiablement.

N'est pas devin qui veut, le cinéaste n'aurait pu prévoir non plus qu'il s'enliserait lui-même à la suite de ce court. Si Truffaut ne condamne pas Marie-France Pisier, c'est, on s'en doute quand on connait le bonhomme, parce qu'il en est évidemment tombé amoureux, comme avec chacune de ses actrices (sauf Adjani qui lui résistera farouchement). S'ensuit une petite escapade de courte durée qui précipite le divorce du réalisateur avec Madeleine Morgerstern sa première femme, fille du producteur de Cocinor qui l'avait aidé à financer son premier film. Une boucle est bouclée donc en revenant sur Antoine Doinel, mais une porte s'est ouverte.



Baisers volés, quelques posters...


"Ainsi s'achève une série de films sous haute influence Hitchcockienne. Période difficile pour Truffaut, ponctuée d'échecs sentimentaux, de déceptions professionnelles. A contre-courant de l'euphorie des sixties, il traîne une mélancolie tenace, aggravée par un drame intime à l'été 1967, pendant le tournage de La mariée était en noir : la mort dans un accident de voiture de Françoise Dorléac, sa plus tendre complice avec Jeanne Moreau. Brisé par cette perte, usé par des films qui lui laissent le sentiment d'avoir perdu le fil de sa nécessité profonde d'auteur, Truffaut a besoin d'un nouveau départ, d'un retour aux sources. Il décide de ressusciter Antoine Doinel, de donner une suite aux aventures de son alter ego."
(François Truffaut par Cyril Neyrat - éditions Cahiers du cinéma/Le monde, p.45).


Sans doute la légèreté mélancolique du film, sa douce gravité, son humour toujours emprunt de petits sursauts étranges vient-elle de là, du moins en partie. Car d'un autre côté, Truffaut se retrouve plus que jamais mobilisé et engagé dans la défense d'Henri Langlois, un temps évincé de la cinémathèque française par Malraux. Quand il ne tourne pas, il milite, prend position. Quand il tourne, il retrouve des comédiens qu'il laisse paradoxalement assez libre, privilégiant quelque chose souvent proche d'une certaine improvisation. Bien sûr, ne cachons pas qu'il y a aussi le bonheur de retrouver un Doinel toujours égal à lui-même, poursuivant sa découverte de la femme, déjà alors lentement commencée dans Antoine et Colette.

Juste avant, Antoine avait 17 ans, vivait d'un petit travail chez un marchand de disque. Cette fois, on le retrouve a 24 ans, engagé volontaire dans l'armée qui se retrouve finalement réformé grâce à ses "amis communistes" (pour ceux qui connaissent Truffaut, c'est une citation autobiographique de plus : suite à une déception sentimentale, Truffaut s'était engagé en octobre 1950 dans l'armée. S'ensuivent deux années de déceptions où ce sera alors le critique (puis père adoptif) et ami André Bazin qui le sortira de là, en 52). Par la suite, il essaye de vivre de petits boulots tout en essayant de renouer plus profondément avec Christine (la merveilleuse et adorable Claude Jade). Ses petits travaux comme sa relation semblent constamment marqués d'une certaine instabilité qui sera encore travaillée pour Domicile conjugal et l'amour en fuite (que je n'ai pas encore vus).

De cette instabilité et de la liberté de ton (liée aux conditions de tournage comme à l'histoire et ses comédiens donc), le film instaure une suite de saynètes qui semblent autant de sketchs sans jamais l'être, Doinel tissant le fil rouge principal, évoluant lentement. Surtout, le film reste étonnement très homogène, continuant ce qui avait été amorcé sur Antoine et Colette. Comme je l'ai dit précédemment, bien sûr ici c'est en couleur, le format change, les conditions de tournage, l'histoire même diffèrent. Et pourtant, Truffaut ne cesse de renvoyer aux épisodes précédents, que le spectateur le remarque ou pas. En soi, ça ne pose nullement de problème au visionnage du film, ça l'enrichit même plus pour les passionnés du cinéaste ou de Doinel comme Kevin ou moi. On retrouvera donc en parallèle, le même appartement que celui utilisé en 1962 dans le court, avec même une affiche de Leaud enfant dans les 400 coups si on remarque bien. On retrouve aussi des parents bienvellants (ceux de Christine) comme pouvaient l'être ceux de Colette. On retrouve même cette dernière, un peu plus âgée, différente, cheveux plus longs (mais impossible de se tromper sur cette voix si fluette), méconnaissable et pourtant la même. On retrouve un ami du passé comme on retrouvait le fameux René des 400 coups dans le court.

Le tout servi admirablement par des comédiens en tout genre, qui rajoutent expérience et piment voulu à ce met de choix, comme Delphine Seyrig, à croquer en madame Tabard une fois de plus, ou dans les seconds rôles qu'on a tendance à oublier, Michael Lonsdale. Des personnages emportés dans la vie mouvementée d'Antoine, qu'on apprécie et se plaît à espérer retrouver sans doute une prochaine fois. Qui sait ? La vie d'Antoine est si étrange et instable, s'en doutait-il lui-même ? Pouvait-il comprendre ces étanges paroles prophétiques annoncées par un inconnu à la fin du film à Christine, valant aussi bien pour le cinéaste et sa créature, achevant encore sur la mélancolie un film plus qu'agréable. Alors au fond, que reste t-il de nos amours ?

5/6.
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